Quelques très belles photos, de l'eau bleue, trois lignes suggestives... vous allez vous dire : mais que peuvent-ils bien faire de leurs journées, ces deux-là, qui ne travaillent pas depuis des mois ? N'ont-ils plus que la force de poster des images, tant une flémingite aigüe pèse sur leur programme récréatif ? Nous n'allons pas vous laisser comme ça, avec toutes ces questions qui vous taraudent : voici ce qui s'est réellement passé ces dernières 24 heures...

Hier, nous n'avons pas chômé. Nous étions pour une courte escale dans l'enceinte d'un complexe ultra-intégré de marina moderne nommé "Marina Rubicon", au sud de l'île de Lanzarote. Construite en 2003, cette marina est un joli modèle d'architecture "non défigurante". Petites constructions basses peintes à la chaux blanche, petites passerelle en bois sur pilotis qui serpentent entre les pontons et les restaurants, et concernant ces derniers, une profusion de choix allant du japonais au snack à tapas en passant par le grill et la cuisine locale, gros centre commercial avec supermarché, blowling, boutiques à gogos, supermarché allemand et dentiste allemand : tout pour satisfaire la clientèle touristique locale qui, vous l'aurez deviné, est constituée à 80% de saxons. Ici rien n'est laissé au hasard : le ponton d'accueil est un mini-lac intérieur à l'entrée du port, sur lequel donnent la capitainerie, le shipchandler et le club de plongée. A l'approche du ponton, un membre du staff vous aide à accoster. A la capitainerie, on vous explique (en anglais ou en allemand totalement blilingue, au choix en dehors de l'espagnol) gentiment où vous serez placé, on vous montre le plan, puis on vous donne une petite pochette avec toutes les infos dont vous êtes susceptible d'avoir besoin, accompagnée de votre clé des douches et votre ticket pour la piscine. Le tout pour 15 euros la nuit pour un voilier de 10 mètres. Pas mal, le niveau de service. La seule ombre à ce joli tableau touristique, c'est un bloc de petites maisons de pêcheurs un peu décrépies, qui se trouve au milieu du complexe, coincé entre le Shopping Center et le kiosque de location de VTT. Sur les murs, sont peints en rouge de gigantesques points d'interrogation et d'exclamation. Devant les maisons, sur le sable, une petite barque est échouée, et sur son flanc est écrit : "Pour avoir enlevé la mer, vous m'avez condamné à mourir". Sur le côté d'une maison, en grand, face au supermarché, en grosses lettres : "Ici, il y avait une plage" (aussi en anglais et allemand, pour toucher la clientèle). Je m'étonne : "serait-ce un repère d'écologistes ultras qui protestent contre les développements touristiques à outrance ?". Tom hausse les épaules : "Ou tout simplement des gens qui habitaient là, et dont la maison avant donnait sur la mer"... Bref, nous n'avons pas chômé : plein d'eau (ENFIN !), d'électricité, de gaz, de gasoil, de fruits et légumes, grosses lessives (2/3 à la main, 1/3 machine, étendu ingénieusement au ras du sol dans le cockpit car pour ne pas défigurer le complexe, les étendages sauvages sur les filières sont prohibés). Notre temps passé en marina est maintenant hyper optimisé. On se partage les tâches et cela nous permet même de prendre du bon temps, comme ce petit verre au soir du 2 novembre pour fêter nos trois mois de vie en mer !

En fin d'après-midi, nous mettons le cap sur la petite île de Lobos, entre l'île de Lanzarote et celle de Fuerteventura. Deux heures et demi de bonheur en navigation, grand soleil, première fois que l'on peut se mettre en t-shirt sur le pont. Ici, soit le ciel est couvert, et il fait une vingtaine de degrés, soit il pointe son nez, et il fait tout de suite 35°C (pour indice de sa force, les faces rouges des touristes en short qui sirotent leurs cocktails aux terrasses des bars, dont je me demandent d'ailleurs si elles n'ont pas donné son nom à cette marina). Arrivée juste pour l'apéro de 18 heures, ti punch au soleil couchant devant la petite Isla de Lobos (jadis peuplée de "loups" de mer). Devant nous, juste des collines de cailloux et une petite baraque en bois qui sert probablement au parc naturel.

Aujourd'hui, lever à 7 heures pour Tom. Autant à la maison, je dois le harceler toutes les dix minutes pour qu'il se traîne hors du lit juste à temps pour ne pas arriver trop tard au boulot, autant là, il est toujours le premier levé. Il me dit que c'est son moment préféré, ce petit matin alors que le soleil est levé depuis peu et que tout le monde dort encore. Ensuite, je me lève vers 8 heures et demie ou plutôt 9 heures. Petit déjeuner souvent à base d'oeufs au plat au bacon sur des toasts, ou tartines de pain beurré et confiture, selon l'approvisionnement (le beurre ici est rare !), ou yaourts maison (promis je donnerai prochainement ma recette en cocotte !). En mer par mouillage calme, on peut vaquer à toutes sortes d'occupations : ce matin, j'ai passé un moment à jardiner, c'est à dire, repiquer des petites boutures de plantes que je ramasse à droite et à gauche et qui constituent mon mini-jardin du bord (on ne se refait pas !) (+ celui qui trouve de quelle plante sont issues les deux pousses dans le pot coloré est trop fort !). Tom sort des palangrottes pour le repas du soir. Ensuite, pour ma part, un heure et demie d'espagnol à écouter mes leçons sur CD sur le poste radio et à faire inlassablement des exercices de concordance des temps. Je progresse, mais c'est long. Tom code un peu sur l'ordi. Il fait encore trop froid pour se baigner mais l'eau est limpide. Quelques touristes amenés par des bateaux de croisière ne se posent pas autant de question et plongent. Puis je m'essaye à la peinture à l'encre : c'est délicat et là je ne progresse pas trop, mais Tom me dit que c'est pas si mal. A midi, carbonara de pennes aux courgettes grillées. Puis nous irons faire un tour sur la petite île aux cailloux voir s'il reste un phoque rescapé. Ce soir, pourquoi ne pas se lancer dans une partie de yam à la lueur de la lampe à pétrole (où je me fais systématiquement laminer) avant de regarder un petit film ? Alberic a raison, elle est plutôt belle la vie...