Finalement... Il s'agissait d'un "King Fish". Question : allions-nous en manger pendant des jours ? Réponse : Non, mais rassurez-vous, le King Fish n'a pas ressuscité en se jetant à l'eau sous notre nez. Il est bien resté entre nos mains. Seulement... On dirait qu'à chaque fois qu'on pêche, ces derniers temps, juste après, il nous arrive une tuile. C'est à en devenir supersticieux ! La première fois, c'était le Horse-eye fish à Grenade qui nous a coûté une déchirure de grand voile dans l'heure qui a suivi. Plus récemment, on avait pêché à la palangrotte trois malheureux poissons de roche et une heure après, Tom nous faisait une colique néphrétique. Là, on était tranquillement en train d'avancer au moteur dans la baie de Bequia (prononcer "Békoué) quand ce dernier se met à faire des bruits bizarres et à ne plus vouloir accélerer... On mouille en catastrophe à la voile. Comme ça avait l'air sérieux et que malgré l'inspection de Tom on ne voyait pas d'où venait la panne, qui vraissemblablement est mécanique, on est allés voir un mécano de l'île qui doit checker tout ça demain. Mais bon, le temps de se remettre de nos émotions, il était 20 heures et on avait toujours ce gigantesque poisson d'un mètre 25 sur les bras. Et pour une fois, je le concède, on n'avait pas l'énergie de se lancer dans la vaste opération sanguinolente de vidage, tronçonnage, et ensuite le lent process de mise en bocaux et stérilisation. Et puis aussi, on avait peur d'une bactérie dangereuse qui infeste les poissons prédateurs dans les caraïbes : la ciguatera (c'est surtout dangereux au nord de la Dominique pour des poissons du type barracuda, mais on se méfie car cette saleté peut être mortelle).

On est donc partis avec notre poisson ligoté dans un bout, et on a fait le tour des restaurants. A priori, ils nous ont dit qu'il n'y a pas de risque de ciguatera ici. Au départ, ils ont tous décliné l'offre, car ils venaient tous plus ou moins de s'approvisionner il y a peu. Les locaux qui nous voyaient trimballer notre prise étaient impressionnés, à croire qu'ils n'avaient jamais vu de si gros poisson. Gentils comme tout, petits vieux et rasta men ont à chaque fois essayé de nous aider à trouver un acheteur pour notre prise. On nous a indiqué d'autres adresses, envoyé au bout du village. Et finalement, contre toute attente, un resto-bar qui a l'air d'être spécialisé en fish-and-chips a accepté de nous l'acheter. Ici, le prix en vigueur est de 9 EC dollars (2,5 euros) la livre (500 g). La patronne nous a demandé de revenir le lendemain pour qu'on puisse peser la bête au marché aux poissons. En attendant, elle l'a rangée dans son frigo et on en a profité pour déguster une bonne bière fraîche en terrasse.

Aujourd'hui, la pesée du King Fish a été une véritable attraction pour les touristes. Ils n'en revenaient pas qu'on ait pu pêcher ça avec seulement une ligne de traîne ! Et tous de prendre des photos du pêcheur qui était venu peser le King Fish. A la pesée : 20 livres, soit un montant de 180 EC dollars (environ 50 euros). Au moins, ça payera une petite partie de la réparation moteur ! Allez promis, la prochaine fois, on le met en bocal, mais ça a au moins donné une idée à Tom : vu qu'ici, ils n'ont pas l'air d'être des férus de pêche malgré leurs eaux poissonneuses (le marché aux poissons est fermé 5 jours sur 7 !), il propose à Gérald de s'associer pour monter un petit business de pêche-à-la-voile ! Alors ? Elle est pas bonne cette idée ? :)