Hier soir, on était tranquillement installés à la terrasse de la "Frégate" (notre QG depuis qu'on y a retrouvé Fanny et surtout, le seul resto du port qui propose des bières à moins de 4 euros) à siroter un verre de vin blanc frais quand soudain Tom lâche, détendu : "Tiens, y'a Laurent Voulzy". Là, curieuse mais hyper smart, j'évite de me dévisser la tête et attends patiemment que le-dit Laurent passe sur la jetée à 1 mètre de nous. En short, tatanes et chemise à fleur, notre chanteur romantico-zen préféré est accompagné de 3 amis et regarde toutes les devantures des restos du port en faisant de grands gestes et en rigolant derrière ses lunettes de vue (et non en se camouflant pathétiquement derrière ses lunettes noires en rasant les murs et en essayant de disparaître derrière les palmiers en pot). Finalement, il jette son dévolu sur le "New Port", qui propose le choix le plus varié de moules-frites à 3 km à la ronde. J'aimais bien Voulzy, mais depuis cet aperçu, je l'aime encore mieux.

Enfin, quand on se décide à quitter notre QG (mais c'est incroyable ! La jeune serveuse qui débarasse notre table était déjà là ce midi quand on est venus checker nos emails ! C'est de l'exploitation pure et dure ma parole !) on croise un autre visage connu (mais moins célèbre) : c'est Daniel, grand équipier argentin blond aux cheveux blonds bouclés qui porte le signe distinctif d'un bandeau noir sur un oeil à la manière des pirates. On l'avait rencontré avec le reste de l'équipage de "Bla-Bla", à Arrecife (Lazarote, Canaries). Il a traversé l'Atlantique sur le Bla-Bla dans des conditions plus ou moins cahotiques (à priori il y avait pas mal de tensions à bord et le mal de mer du skipper n'arrangeait rien à tout ça), et arrivé aux Antilles, a embarqué sur un autre bateau (Le "Onyx") pour retourner aux Açores et de là, rejoindre la Graciosa aux Canaries (son QG à lui, où il se sent bien). En fait, quand on y regarde à deux fois, on se dit que Daniel, qui passe son temps à traverser l'Atlantique puis à revenir, a sans doute dix fois plus d'expérience que la plupart des capitaines qui l'accueillent, mais il n'a jamais eu de bateau (il aimerait bien, à dire vrai). Pour gagner sa vie, il fabrique des bijoux en argent et en pierres semi-précieuses qu'il vend dans les coins touristiques. Sinon, il aime bien pêcher, en réalité, c'est ce qu'il préfère en traversée : être peinard, barrer et pêcher. En écoutant ses anecdotes, on se dit que ça ne doit pas être drôle tous les jours, d'embarquer avec des gens que tu ne connais pas et de devoir faire profil bas même quand tu te rends compte que le skipper n'est pas à la hauteur. Mais bon, quand on regarde Daniel, avec son bandeau sur l'oeil (je suis persuadée que personne n'a jamais osé lui demandé ce qui était arrivé à son oeil, soit dit en passant) et son teint basané sous ses cheveux blonds crêpus, on se dit qu'il doit avoir du sang de vrai pirate, de ceux qui écumaient les mers toute l'année, proposant leurs services à de douteux capitaines en manque de bandits pour écumer les mers, et rafler ça et là coffres à bijoux ou pièces d'or. Dans sa version moderne, le pirate fabrique ses bijoux lui-même et n'est pas belliqueux, c'est la seule différence.
On a trouvé très plaisant de discuter avec lui en anglais, lui qui ponctue toutes ses phrases de "si, si" avec son accent espagnol. Et une fois de plus, l'expérience nous prouve que le monde des navigateurs transatlantiques est ridiculement petit.