Nous avons quitté la Dominique dans un grain, fuyant un énorme cumulus noir qui nous arrivait des montagnes, et 25 milles plus tard, nous mouillions l'ancre dans l'Anse du Bourg, Terre de Haut. Fanny devient notre barreuse attitrée : il faut dire qu'elle a vite trouvé ses marques sur le vieux Grégal, elle qui a l'expérience d'avoir déjà skippé, dans d'autres temps,le bateau de son papa. A l'image de la Guadeloupe qui se compose de deux îles jointes, Grande Terre et Basse Terre, Les Saintes, petit archipel propret et coquet niché dans un écrin de vallons, ont un double visage. Au nord se découpe l'île de Terre-de-Haut, touristique et animée. En face, l'île de Terre-de-Bas, secrète et paisible, dévoile ses charmes à ceux qui affectionnent des ambiances plus intimistes.
Pour nous qui venons de vivre l'aventure au coeur de la forêt tropicale, Anse du Bourg constitue une étape relaxante. A l'image des petits ports de pêche que l'on voit en Méditerranée, le Bourg égrenne ses charmantes maisons aux toits rouges, ses placettes ombragées, ses boutiques d'artisanat et ses bistrots accueillants pour notre plus grand plaisir. Il fait bon redevenir touriste flaneur, de temps à autre. Il y a un certain nombre de bateaux au mouillage, venus profiter du climat agréable des Saintes pour ce weekend de Pâques qui sera pourtant, même ici aux Antilles, un tantinet pluvieux et gris. Eh oui, si le voyage nous refait, il ne refait pas le monde ! Lundi de Pâques, pieds dans les flaques. Qu'à cela ne tienne, nous avons un parapluie à bord du Grégal (Fanny n'en croit pas ses yeux). Alors que la pluie tombe dans la moite chaleur, nous mangeons bien, siestons beaucoup, et attendons l'accalmie du soir pour choisir un bistrot où déguster une bière fraîche, en regardant le soleil se coucher sur l'horizon en face de nous (car Pâques aux Antilles reste smart : le ciel se dégage tout de même pour le coucher de soleil). Nous rencontrons aussi la propriétaire d'une boutique insolite et colorée, qui a sa famille à Essaouira. Ravie d'entendre que nous y étions 4 mois plus tôt, elle nous donne l'adresse du magasin d'art qu'elle possède là-bas aussi. Et pour ne rien gâcher, je craque sur une lampe en bois sculpté (Fanny se propose de la ramener en avion).
Une jolie ballade dans Terre de Haut nous mènera, à travers des champs plantés de manguiers où paissent quelques chèvres, jusqu'à la petite plage de Pontpierre, à l'Est. Au milieu des palmiers, les locaux s'organisent une soirée de voisins sur fond de Claude François. On profite des derniers rayons de soleil pour une baignade tardive. Le lendemain, direction Terre de Bas, à moins de deux milles de là. Grégal trouvera refuge dans une toute petite anse au sud, l'Anse Fideling, où un seul autre voilier prend déjà le soleil. L'eau est claire dans des dominantes de turquoise à bleu profond, comme en Corse. Autour de nous, une vingtaine de barques de pêcheurs. Ici la vie sous-marine est riche, nos excursions en PMT nous permettront en autre d'apercevoir une superbe raie léopard de plus d'un mètre vingt d'envergure, qui semblait avoir élu domicile ici. Petite promenade sur les hauteurs, traversée d'un bourd minuscule, où un Breton tient le seul bar-restaurant du quartier. Il nous dit qu'il est heureux ici, et on le comprend. Le soir, pas un bruit. Seules quelques frégates ont encore l'énergie de tournoyer au-dessus des bancs de poissons. Demain, il faudra reprendre le chemin de Pointe à Pitre. En attendant, on se laisse envahir par la paix des lieux alors que le soleil rougeoit derrière les collines.
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