Nous avons quitté la marina de Bas-du-Fort jeudi 30 avril et nous avons mis le cap plein Est, sur Saint-François. Les conditions météo étaient idéales, peu de vent, secteur Sud-Est : en tirant de longs bords nous sommes arrivés en fin d'après-midi devant l'entrée de la passe du lagon de Saint-François. Très honnêtement, je déconseille à quiconque d'arriver là-bas de nuit : la passe est entourée de récif coralliens qui affleurent dangereusement, et bien que balisée de bouées, il faut bien passer au centre pour ne pas risquer de frotter sa quille au mauvais endroit. Juste avant l'entrée de la marina, il y a un tout petit triangle où l'on peut mouiller par 2,5 mètres de fond et moins. Nous y avons trouvé un refuge acceptable pour la nuit. Heureusement pour nous qu'il n'y avait pas trop de houle, car nos 1,82 m de tirant d'eau n'aiment pas flirter avec des fonds de 2 mètres.
A ce propos, le lendemain, 1er mai, nous avons bien failli la planter, notre quille, dans des fonds de moins de 2 mètres. Le premier mai est un jour où il vaut mieux manifester que de ne rien faire. Un peu honteux de nous la couler douce sur notre voilier, nous avons mis le cap sur Petite Terre, jolie réserve naturelle au sud de Grande Terre qui constitue un parfait petit havre de paix, où évoluent paisiblement des dizaines d'iguanes. Seulement, l'approche n'est pas des plus aisées. Pour atteindre l'unique mouillage entre les deux petites îles, il faut s'engager dans une passe par moins de 2,5 mètres de profondeur. Or nous faisons l'erreur d'arriver à marée basse. Nous sommes accueillis aux abords de l'île par deux beaux grands dauphins gris, qui gazouillent à l'étrave en nous regardant de leur petit oeil rieur, comme pour nous encourager. Seulement, le fond diminue très vite et nous passons plus vite que prévu sous la barre des deux mètres. Au fur et à mesure que Grégal progresse, lentement, je plonge avec mon masque en le suivant pour vérifier la marge que nous avons : elle se trouve être de moins de 30 centimètres. A la moindre vague... Dépités, nous faisons demi-tour. Une bonne résolution ratée en cachant bien souvent une autre vivace, nous décidons de ne pas rentrer bredouille sur Saint-François et mettons le cap directement sur Antigua. Il est 16 heures et nous profiterons agréablement de cette navigation de nuit pour atteindre l'île, à 55 milles au nord.
La navigation de nuit est un plaisir : Grégal file sur une mer peu agitée, et nous fait des prouesses de vitesse au bon plein, en guise de remerciement sans doute pour cet antifouling tout neuf. Nous atteignons la côte d'Antigua comme prévu, au lever du soleil. Le mouillage sur lequel nous jetons notre dévolu se trouve dans Non Such Bay (un nom rigolo : « La baie qui n'a pas son pareil ») sous le vent d'un petit îlot nommé Green Island. L'endroit, décrit comme « un petit paradis » dans les guides, ne fait pas mentir les auteurs. L'île est bordée de petites plages de sable qui s'avancent dans une eau claire entre les barrières de corail. Nous partons à l'aventure pour débusquer des iguanes, mais ne trouverons que des touristes venus profiter de ce long weekend de mai.
Aujourd'hui, nous avons été invités à l'apéro par un autre bateau Français, un couple de retraités qui se promènent aux Antilles depuis 6 ans. Ils trouvent que c'est très tôt pour prendre une année sabbatique, et nous on se dit que ça sera une raison de plus pour en reprendre une plus tard. En fin d'après-midi, re-nav superbe tout au travers pour rejoindre English Harbour par le sud de l'île. L'endroit est une enclave dans la mangrove, encerclée par un fort imposant qui date du XVIIIe siècle, époque où les anglais régnaient en maîtres sur les lieux. De nos jours, l'ambiance est devenue plus apaisée et nombre de voiliers mouillent ça et là, dans une joyeuse entente, au milieu des maisons coloniales reconverties en restaurants et des restes de fortifications (où, sans nul doute, se promènent les iguanes au clair de lune).





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