8h20 : Je me lève, Tom me dit : "On voit la terre !". L'île de Faial se détache au loin sur un joli ciel clair. Les Açores sont de petites iles volcaniques verdoyantes avec une montagne au milieu, des champs autour et des petits villages blancs aux clochers rouges.

Nous arrivons à Horta à 15h30 UT, après 14 jours et 19h30 exactement de traversée, la traversée qui nous aura le plus enchantés, avec de vraies sensations tout aussi variées qu'intenses. Pas mal pour un binôme comme dirait GrégalFan !
Une petite brise nous pousse jusque dans le port. En cette saison, la marina est très encombrée. Deux autres bateaux tournent en rond depuis le ponton d'accueil en espérant pouvoir décrocher une place. L'un d'eux est un Super Maramu... Vous ne ne croirez pas, il s'agit du "Monblan", LE bateau que Tom s'était évertué à dépanner à Grenade alors que son Maxsea buggait et qui ne nous avait même pas remerciés ! On croit rêver. Là, on peut dire que ses 21 jours de traversée depuis Saint Martin (dont 160 heures de moteur, véridique, et il nous dit comme pour s'excuser : "Nous, il nous faut 20 noeuds de vent au portant sinon on n'avance pas") l'ont quelque peu adouci et il se trouve être très cordial avec nous, une fois que nous nous sommes rappelés à son bon souvenir...

Premiers pas à Horta. Comment vous décrire le port... Il y a un sol pavé, ça fait très authentique. L'air embaume la vieille Europe, avec ce côté désuet des îles de l'Altlantique qu'on aime tant. Il fait frais. Les douaniers sont super sympathiques. Mais le plus remarquable, ce sont les peintures. Horta est célèbre pour ses grafitis élaborés. La marina est couverte des peintures rupestres expérimentales des navigateurs qui croisent ici depuis toujours. Sur les murs, sur le sol, sur le local des poubelles, sur la route, il y a des peintures de partout. La plupart sont exécutées minutieusement avec de la vraie peinture acrylique. Le long des pontons, on croise plusieurs artistes en plein travail. Avec le temps, les fresques les plus anciennes sont recouvertes par d'autres toutes fraiches. Certaines témoignent d'un véritable talent d'artiste ou de graphiste. Baleines, armoiries, voiliers psychédéliques, noms d'équipages sur fond de dauphins, d'art abstrait, couleurs vives ou monochromes, c'est un joyeux charivari très expressif. Tout le monde y va de son coup de pinceau, il paraît que c'est un passage obligé : si on ne laisse pas son dessin à Horta, ça porte malheur. J'avais bien aimé une phrase de Banik sur Horta, qui disait, en substance, qu'il y flottait un drôle de mélange fait du sentiment de satisfaction du devoir accompli et de la nostalgie naissante du voyage qui touche à sa fin... C'est exactement ça.

En chemin, on retrouve Floriane, de Austral, qu'on n'avait pas revue depuis Grenade !!! Retrouvailles comme si on s'était quittés hier. Elle nous explique que Frank est en train de terminer leur peinture-signature. Apparemment, ils ont suivi notre blog et ils s'attendaient à nous voir arriver aujourd'hui. Flo nous montre le chemin du bar du port. On y retrouve Baptiste et Daniel, de Kiss Mi, qui sont arrivés hier ! Que le monde des atlantouristes est petit ! C'est bon de se retrouver. On les avait appelés à la VHF tout du long mais sans succès. On embraye sur les souvenirs de la traversée, les vidéos, les moments forts... autour d'un bonne bière fraiche. Le café du port ressemble à une cantine d'étudiants, avec chaises en tubes d'aciers et tables en contreplaqué. On prend plaisir à dévorer un bon gros burger bien gras accompagné de frites et d'oeufs luisants. On y passera toute l'après-midi, en bande, presque en famille.

Ce soir, on ne les suivra pas chez Peter, le mythique bar des sports où ils trainent tous chaque soir avec bonheur. On va se payer une bonne grosse longue nuit de récupération. Mais avant, une dernière "cerbeja", pour fêter ça. Il faut quand même fêter ça, n'est-ce pas ?