Nous sommes au mouillage de la Cala Taulera, à l'entrée de la passe menant à Mahon, par 5 mètres de fond. Je ne trouve pas qu'on se rend bien compte de la force du vent qui souffle sur la vidéo, pourtant c'est bien violent. Vous voyez le cata d'environ 40 pieds sur la fin de la vidéo ? 5 minutes après avoir fini l'enregistrement, pour une raison que j'ignore encore, le skipper s'est mis en tête de démarrer son moteur pour aller faire face au vent. Bien que son beau bateau ne m'ait pas donné l'impression d'avoir chassé des fonds sableux, ce gentil monsieur tenta - en vain- de soulager son ancre en se dirigeant nez au vent à grand coup de marche avant, tout en donnant de la barre à chaque rafale qui le faisait s'en éloigner. Il se faisait bien évidemment chahuter dans tous les sens et toute action de sa part empirait la situation - qui n'avait rien de dramatique au départ rappelons le - en tirant violemment sur sa chaîne d'un côté puis de l'autre. Il manqua une première fois de couler notre annexe en la prenant entre ses deux flotteurs. Je l'ait rapproché aussi vite que possible de Grégal tout en évitant de me foutre à la flotte. Elle sera sauvée in extremis. Si seulement il avait pu en rester là... Mais non, c'est reparti de plus belle: cette fois il visa l'étrave de Grégal ! Sa nana à l'avant tenait un « parebat' volant » (parebattage que l'on tient à la main et que l'on place au bon endroit pour protéger le bateau pendant une manoeuvre d'ammarage) destiné, vous vous en doutez, à ammortir le choc qu'une masse de 10/12 tonnes lancée à 3 noeuds sur un petit balcon en inox peut provoquer... Bravo monsieur, vous avez réussi à le tordre notre vieux balcon et en plus à décoller très légerement le rail de fargue sur la zone ayant reçu l'impact. Après cette belle démonstration de force face aux éléments il se résigna à laisser son ancre jouer le rôle protecteur qui lui est conféré. De notre côté les dégats sont minimes mais ça ne fait jamais plaisir de se faire rentrer dedans - qui plus est sous la flotte, en slip, avec des rafales ne cherchant qu'a vous pousser par dessus bord - surtout quand on constate que ces braves gens sont aucunement venus nous demander s'ils y avaient des dégats et que, ni vu ni connu, ils ont levé l'ancre quelques heures plus tard, quand le vent avait suffisement molli pour pouvoir décoller.


De cette expérience, j'en tire plusieurs leçons que chacun entendra comme il le veut:

La première, l'ayant constater à maintes reprises, c'est qu'un petit souci peut très rapidement se transfomer en catastrophe sous l'effet d'un stress incontrollé. C'est bien de se forcer à raisonner dans le calme, même si la situation ne l'est pas et qu'elle aurait plutôt tendance à faire réagir dans l'instant avec, en définitive, une mauvaise décision. Je sauve la peau de mon bateau par n'importe quel moyen ! N'importe quel moyen sera le pire de tous.


La deuxième c'est qu'il ne faut pas s'attendre a un retour lorsque ce genre d'incident survient. Tant mieux si le responsable se présente mais si ce n'est pas le cas alors nous ferons la démarche nous même, et le plus tôt possible.


La troisième c'est qu'il est préférable d'éviter les mouillages surpeuplés lorsque le vent souffle, ou soufflera. Car mathématiquement, la probabilité de se faire rentrer dedans est plus élevée lorsque le nombre de bateaux croît.

La quatrième et dernière leçon que j'en tire c'est que lorsqu'on a pas le choix et que le lieu empêche de prendre ses distances, alors il vaut mieux être près d'un voilier de voyage que d'un bateau de vacances (un bateau brillant qui a généralement moins de 10 ans, souvent sans éolienne ni panneau solaire). Le voilier de voyage battant pavillon étranger au pays sur lequel on se trouve étant souvent le plus adéquat.